La conférence de Jean-Marie Petitclerc à Saint-Symphorien

Notre invité d’honneur pensait échanger avec un petit groupe de chefs en guise de public. Et il s’est retrouvé face à plus de 250 personnes le 21 février dernier, venues écouter une conférence haute en couleurs, consacrée à un thème piquant : « sanctionner sans punir ».

Un programme ambitieux, défriché avec pédagogie et énergie par ce prêtre éducateur de renom, salésien de Don Bosco et chanteur guitariste à ses heures perdues. Extraits choisis.

« Je suis très heureux de me retrouver ce soir au milieu du mouvement scout, qui a toujours fait partie de mon histoire. Et je suis heureux de venir aborder avec vous le thème de la sanction, qui est un thème sur lequel on réfléchit, je crois, trop peu aujourd’hui. Mon propos de ce soir sera lié à mon expérience éducative et à l’héritage de Don Bosco. Il peut paraitre un peu étonnant qu’un éducateur du XXIème siècle se réfère à un pédagogue du XIXème siècle. Mais j’aime dire que nos deux époques ont un point commun : une période d’intense mutation sur le plan sociétal.

Les avantages du système d’éducation préventif

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Pour Jean Bosco, il y a deux façons d’éduquer un enfant. Je vais prendre l’exemple d’un petit enfant de trois ans, qui tombe sur une prise de courant. Il voit les deux trous, se dit que s’il met ses deux doigts dedans, il va peut-être se passer quelque chose d’intéressant. La première manière d’éduquer, le système répressif, consiste à lui dire: « si je te vois mettre les deux doigts, tu vas voir la raclée que tu vas prendre ». Ce système part du principe que l’enfant prendra la bonne décision par peur de ce qui lui tomberait sur la tête s’il désobéissait. La deuxième méthode, le système préventif, consiste à lui dire : «  tu te souviens, la dernière fois que tu as approché ta main de la cuisinière, à quel point tu as eu mal ? Et bien, la cuisinière prend sa source d’énergie dans ces deux trous. Alors tu imagines bien que si tu y mets tes doigts, à quel point la douleur sera encore plus considérable ? »

Dans le système préventif, l’enfant va prendre ainsi la bonne décision car il a compris qu’il y avait intérêt. La place de la sanction va être ainsi très différente, dans un système répressif et dans un système préventif. Et Jean Bosco nous dit que le second système est meilleur que le premier, car il permet l’intégration du rapport à l’autre et du rapport à la loi, qui est faite pour le plaisir du vivre ensemble. »

Distinguer autorité et pouvoir

Comment appliquer cette méthode dans le cadre de la pédagogie scoute ? Comment le chef peut-il faire autorité ? Je voudrais tout d’abord distinguer deux notions, qui sont souvent confondues : l’autorité et le pouvoir. Le pouvoir vient d’une institution. L’autorité, si l’on y réfléchit bien, je la reçois de la part de ceux auprès de qui je l’exerce. Elle est reçue, elle n’est jamais possédée, comme le pouvoir : on fait ou on ne fait pas autorité. L’autorité consiste à écouter une voix qui fait foi. Si on veut que le système préventif fonctionne, il faut que la parole du chef scout fasse foi auprès de ses louveteaux, de ses scouts etc. Et l’autorité va d’abord reposer sur la crédibilité de celui qui en est le porteur.

Premier pilier : maintenir la cohérence entre le « dire » et le « faire »

capture-decran-2017-04-08-a-14-29-45Le premier pilier, c’est la cohérence. Pour être crédible, il faut qu’il y ait une cohérence entre le dire et le faire. Le « fais ce que je dis, mais pas ce que je fais », ça ne marche plus en éducation. J’utilise à dessein le terme de cohérence et pas celui d’exemplarité. Pour prendre un exemple, combien de fois il m’arrive d’assister encore à ce genre de
situation, dans un camp, où on interdit à un jeune de fumer, alors qu’un peu plus tard, ce même jeune surprend l’adulte en train de fumer. Et bien sûr, il lui pose la question : « pourquoi est-ce que toi, tu peux fumer ? ». Réponse de l’adulte : « toi, tu es petit, tu es mineur, donc tu ne peux pas fumer. Moi, je suis majeur, donc je peux fumer. » Mais un tel discours est un discours incitatif au tabac, car ce que l’ado veut prouver, c’est qu’il est grand. Et voici que l’adulte lui présente le tabac comme l’apanage du grand !

Cela ne veut évidemment pas dire qu’un éducateur qui fume est un mauvais éducateur. Mais s’il est surpris, à mon avis, le seul discours qui vaille c’est : «  tu sais, j’aurais bien aimé, que quand j’avais ton âge, les éducateurs soient un peu plus vigilants… Et puis j’ai pris cette mauvaise habitude et je n’arrive pas à m’en débarrasser. » Le jeune n’en sera pas traumatisé, il sait bien que l’adulte n’est pas parfait. Si on interdit de fumer au gamin, c’est parce que c’est mauvais pour ses poumons, pas parce qu’il est petit !

Le second pilier : faire preuve de bienveillance

Le second pilier, c’est la bienveillance. L’art d’exercer une fonction d’autorité, c’est l’art de faire passer le message : « je t’interdit cela, parce que je t’aime. Si je n’en n’avais rien à cirer de toi, rien à cirer de ton avenir, je te laisserai faire n’importe quoi ». Pour préserver cette bienveillance, ce qui est essentiel, c’est de ne jamais réduire l’enfant ou l’adolescent à ses actes, à son comportement d’aujourd’hui. Toujours distinguer la personne et ses actes, ne jamais réduire quelqu’un aux actes qu’il pose. Et même quand on doit sanctionner les actes, il faut toujours avoir ce regard de bienveillance sur la personne.

Troisième pilier : la justesse du positionnement et la justesse de la sanction

capture-decran-2017-04-08-a-14-36-12Le troisième pilier : être juste. Dans les deux sens du mot : la justesse du positionnement et la justesse de la sanction. Au niveau du positionnement, le bon chef ne doit pas sortir de son rôle de chef, toujours maintenir une certaine distance pour conserver son autorité. Il s’agit d’être bien positionné, pour être toujours à l’écoute, toujours attentif, toujours proche mais pas fusionnel. Il faut aussi être juste, au sens de la justice. Si on y réfléchit, la sanction doit avoir un double rôle. Un rôle de réparation : si la loi est bien posée, si le gamin transgresse cette loi, il y a forcément des dégâts collatéraux. Le premier rôle de la sanction, c’est de permettre à l’enfant ou à l’adolescent de réparer ou de participer à la réparation des effets de sa transgression. La sanction joue également un rôle de restauration : elle permet à l’enfant de reprendre sa place dans le groupe, de tourner la page. Et cela va lui permettre de gérer sa culpabilité.

Voilà ce que je voulais partager avec vous. Retenons ce conseil de Don Bosco, et je pense que Baden Powell aurait la même approche: lorsque je reprends un jeune, c’est tout aussi important de lui montrer et de lui faire comprendre à ce moment précis l’affection que j’ai pour lui. De lui dire : « je te dit non, parce que je t’aime, et je te sanctionne parce que je te sais responsable ». Et c’est aussi un des objectifs du mouvement scout : éduquer à la responsabilité. »

Retrouvez l’intégralité de la conférence en format pdf

Conference-Jean-Marie-Petitclerc-21-fevrier-2017

Et en vidéo, sur la chaîne Youtube du territoire